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Notre expérience du monde vivant

Posté par le dans Biologie
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Par Michel Blay
Article issu de l’intervention du 17 sept lors du FESTIVAL VIVANT 2016
 
De nos jours, quel est le sens de l’expression : « Notre expérience du monde vivant » ? Au regard des enjeux industriels et économiques qui nous entourent et nous obsèdent, le « vivant », lui aussi, apparaît comme « embarqué » dans la grande affaire de l’énergie et de la productivité. Ne cherche-t-on pas à faire travailler les bactéries, à puiser de l’énergie dans le vivant ? Notre expérience du vivant n’est-elle pas devenue celle d’un vivant laborieux, d’un vivant se résumant au statut de source d’énergie ?
Or, ce concept d’énergie, qui semble au cœur de nos besoins et de nos existences, et qui en vient à dessiner une sorte de nouvelle expérience du monde vivant, d’où vient-il ? Que dire de son histoire et de sa signification ?
 
Une approche historique devrait permettre de mieux comprendre certains enjeux contemporains et d’en saisir plus nettement les finalités. Un rappel : il n’y a pas de concept d’énergie ou de principe de conservation de l’énergie au sens moderne du terme avant les premières décennies du XIXe siècle. Ce concept, par exemple, est absent des travaux de Newton comme de ceux de Lagrange à la fin du XVIIIe siècle. Qu’est-ce donc, alors, que ce concept d’énergie ?
Il n’est pas dans notre propos d’entrer ici dans les détails historiques portant sur l’introduction de ce concept et sur son évolution ; nous en avons déjà traité dans divers ouvrages parus ou à paraître. Rappelons cependant brièvement que l’avènement de la « primauté rationnelle » de l’énergie, aux XIXe et XXe siècle pour reprendre une expression de Gaston Bachelard (Le matérialisme rationnel, Paris, PUF, 1953, p.176), n’est pas un simple fait de la physique. Ce concept d’énergie vient pour une large part de l’extérieur du champ mécanico-mathématique : ce concept se substitue, en raison de la priorité donnée, du fait de la poussée et de l’autonomisation de la pensée économique au XVIIIe siècle via, en particulier, la notion de travail-valeur d’Adam Smith, au concept de force puis à celui de travail. A l’occasion de cette transformation c’est la valeur au sens économique du terme qui entre dans la science et en transforme radicalement les enjeux.
 
Quantité d’énergie stable
 
Pour expliciter ces propos qui peuvent, au premier regard, paraître sibyllin, il n’y a pas de meilleure illustration que de rappeler les écrits de Helmholtz relatifs à l’énergie et au principe de sa conservation.
Dans une conférence donnée en 1854 Helmholtz formule le principe de conservation de l’énergie, ou comme il le dit, dans son vocabulaire, de la force (Kraft) : « En observant toutes les autres actions connues, tant physiques que chimiques, on voit que l’univers possède une provision de force disponible qui ne peut ni croître ni décroître. La quantité de force capable d’agir, qui existe dans la nature inorganique, est éternelle et invariable, tout aussi bien que la matière. En énonçant sous cette forme la loi générale, je l’ai nommé principe de la conservation de la force. L’homme ne peut, dans aucun but humain, créer du travail, mais il peut puiser ce travail dans la provision infinie de la nature, et en faire sa propriété »
 
Ce principe apparaît comme une manière de s’approprier la nature, d’en faire une réserve, comme l’est le travail-valeur d’Adam Smith. Dans les lignes qui suivent les dernières ambiguïtés concernant le sens économique du Principe sont levées : « Le ruisseau et le vent qui activent nos moulins ; le bois et la houille qui animent nos machines à vapeur et chauffent nos appartements, ne sont que les véhicules d’une partie de cette grande quantité de force dont nous cherchons à nous emparer pour en diriger les effets suivant notre désir. Le meunier réclame comme sa propriété la pesanteur de l’eau qui tombe, ou la force vive de l’air agité. C’est qu’en effet ces petites fractions de l’immense activité de la nature, forment la plus grande partie de sa fortune ».
 
L’ordre économico-énergétique
 
La connaissance du principe de conservation est donc une clef pour faire fortune. Une clef pour l’enrichissement et la constitution du Capital. Ainsi, tout le développement des connaissances se met au service de l’économie. Ne nous étonnons donc pas de rencontrer aujourd’hui l’épuisement et la destruction !
Il pourrait sembler que je me suis un peu éloigné de l’expérience du vivant. Il n’en est rien !
Car, déjà Helmholtz ne limitait pas ses investigations au monde de la physique. Dans la même conférence il souligne : « Il reste encore parmi les actions naturelles, celles des êtres organisés. La plupart des phénomènes de la végétation sont chimiques. Il s’y accumule principalement une grande quantité d’énergie chimique, dont l’équivalent de chaleur nous est restitué dans la combustion des plantes. Quand aux animaux, on possède déjà quelques points de départ. En résumé nous croyons avoir démontré que notre loi n’est en contradiction avec aucun des faits connus de la science…. La démonstration définitive peut-être considérée comme un problème réservé à l’avenir prochain de la science ».
 
Que conclure ? Qu’un ordre que j’appellerai économico-énergétique s’est installé depuis les premières décennies du XIXsiècle dans son ampleur cosmique, de telle sorte, si l’on peut dire, que l’univers dans son entier, à travers le concept d’énergie et le principe de sa conservation, est entré au service des intérêts économiques. Le vivant, lui-même, aujourd’hui est irrésistiblement happé par la sphère de l’économie productiviste. « Notre expérience du vivant » aujourd’hui, comme celle hier du meunier de Helmholtz, c’est précisément de s’approprier le vivant pour en faire de l’argent et construire sa fortune. Adieu au vivant !  
               
  
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Invité mercredi 14 avril 2021

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